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Dans la dernière poésie que nous a légué le poète occitan de
Gordes Daniel Bourgue ( 1879-1954) celui qui fut toute sa vie
paysan se désolait de l'évolution agricole, dont il avait été témoin et acteur
qu'il jugeait contestable en des termes écologiques avant l'heure ! Maintenant, on t'exploite, Terre, alors que le paysan du temps passé « de pertot, amistosament,
te calinhava »...
partout te courtisait avec affection, n'omettant pas le moindre recoin,
construisant « restancas e bancaus »
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Effectivement, Daniel Bourgue, au cours de son existence terrestre,
avait vu la campagne se dépeupler, les terres peu rentables
retournées friches, les terrasses cultivées disparaître,
la végétation tout envahir. Mais ce n'était rien avant
le tournant des années 1950 où l'agriculture
industrielle triomphe sans partage.
Le hameau des Seguins, il y a cent cinquante ans,
était habité par trois familles qui avaient mis
opiniâtrement
en culture tout ce qui pouvait l'être,
et qui tout au long
de la petite rivière, l'Aiguebrun,
avaient façonné un
paysage agreste rutilant que
l'on peut reconstituer « en idèias ».
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Dans la vallée jurassique, des deux cotés de la rivière bruissante s'étalaient des prairies verdoyantes, arrosées par un système de « biaus' et de « marteliera » tandis que d'un côté montant à l'assaut des falaises, blé, épeautre, touselle se mêlaient aux amandiers et aux oliviers, bien acagnardés de l'autre et de l'autre sur les terres de l'ubac, avant les pentes vertigineuses des coulées de pierres, ces familles laborieuses avaient semé avoine, orge, ainfon pour nourrir leur basse-cour et leur petit troupeau de moutons sans oublier qu'il y avait au moins deux ou trois lopins de terre consacré à la vigne, un pour chaque famille, de nombreux mûriers pour l'élevage des vers à soie coupaient la monotonie des près et des cultures fourragères, cerisiers, pommiers, noyers, noisetier profitaient de la présence rarissime de l'eau en Provence et se déployaient dans les près et le long de la rivière-miracle qui ne tarit jamais sur cinq kilomètres.
Malheureusement n'existent pas des photos du emploi-plein temps de l'agriculture provençale traditionnelle qui décline inexorablement après 1850.
Les premières cartes postales de 1900 nous donnent une idée de qui a été et ne sera jamais plus. Un des côtés sombres de cette période idyllique, mise à part la peine de l'homme qui était infinie, était la déforestation : tous les vingt-cinq, trente ans, des bûcherons,les « boscatiers » coupaient les futaies des « euses » chênes verts « ou de « roures ou blacàsé » chênes blancs à feuilles caduques pour le chauffage, pour les usages les plus divers.
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L'auberge des Seguins a été fondé en 1960 sur les
débris d'une dernière exploitation agricole
envahissante d'élevage de chèvres. Mais la beauté
de la nature est infinie. La paix, la tranquillité, le
silence
sont devenus des valeurs majeures. Elles
sont garanties par cette sensation de bout du monde .
Où s'arrête la bagnole, ne pénètre plus que le promeneur ou
l'ordinateur. Jadis comparitude de l'homme et de la nature, selon
l'expression de Frédéric Mistral, le hameau des Seguins héberge
aujourd'hui une clientèle qui fait le bonheur des libraires de la ville voisine.
La lecture et la méditation font bon ménage avec le passé virtuel gravé
dans la mémoire des rochers et il est regrettable que, pour des raisons
commerciales, l'Auberge des Seguins ne puisse augmenter ses prix à cent pour
cent de façon à restituer ce paysage pharamineux d'une nature humanisée en
symbiose profonde avec les vertus mythiques du terroir.
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